D'où viennent les fissures en façade ?

La fissuration des façades peut avoir de multiples causes et la détermination de l’origine des fissures n’est pas aisée. La question de leur réparation est également sujette à controverse. Lorsqu’une structure se déforme, les contraintes sur le matériau peuvent dépasser sa capacité de résistance et aboutir à sa fissuration. Elle traduit une rupture du matériau, souvent en traction. Après fissuration, la structure cherche un nouvel équilibre, ce qui peut entraîner d’autres déformations et donc l’apparition de nouvelles fissures.

Avant tout, quelques définitions :
faïençage : fines fissures superficielles formant un maillage irrégulier en surface
microfissure : ouverture inférieure à 0,2 mm
fissure : ouverture de 0,2 mm à 2 mm
lézarde et crevasse : ouvertures de plus de 2 mm
fissure traversante : s’étend à l’épaisseur entière de la paroi, permet le passage l’air
fissure infiltrante : permet la pénétration de l’eau dans le bâtiment

Comme il serait illusoire de vouloir dresser ici un tableau exhaustif des différents types de fissures, nous évoquerons uniquement les 6 catégories principales de fissures pouvant affecter les murs en béton ou en maçonnerie :
fissures d’inclinaison à 45° : ces fissures témoignent d’une déformation de l’assise du mur en un point précis, par exemple le tassement du sol d’assise des fondations.
fissures horizontales ou verticales franches : ces fissures sont liées à une rupture en traction du mur, suite à un tassement de terrain par exemple. Elles peuvent aussi témoigner de la déformation d’une poutre porteuse ou de la dilatation d’un acrotère.
microfissures ou fissures horizontales ou verticales : ces fissures proviennent du retrait ou de la dilatation excessive de la structure ou de ses matériaux. Elles apparaissent généralement à la jonction entre deux éléments, par exemple entre un plancher et un mur.
fissures autour des ouvertures : ces fissures peuvent être la conséquence de la déformation de l’ouverture suite à un défaut de fondations par exemple ou bien être liées au retrait des matériaux de la façade ou du revêtement.
microfissures ou fissures formant des hachures : également appelées « fissures de cisaillement », ces fissures sont la conséquence d’un mouvement dans le plan horizontal, à la jonction entre un mur en maçonnerie et un plancher, suite à la dilatation ou au retrait de celui-ci.
fissures de chaînage : lorsque les chaînages (armatures métalliques dans les murs en maçonnerie) horizontaux, verticaux et en rampants qui forment le squelette de la construction sont insuffisants, notamment pour résister aux efforts de traction, des fissures peuvent apparaître.

La fissuration peut également ne concerner que le revêtement de la façade : revêtement de peinture épais (RPE), revêtement souple d’imperméabilité (RSI) ou enduit hydraulique. La fissuration du revêtement peut compromettre l’étanchéité de la façade. Lorsqu’elle ne résulte pas de la fissuration du support, la fissuration des enduits est généralement due à un retrait excessif.

En dehors des crevasses ou des lézardes attestant un défaut structurel majeur pouvant impliquer une reprise des fondations, la question de la réparation des fissures est complexe. Avant d’envisager de quelconques travaux, il convient de suivre l’évolution de la fissure dans le temps, afin d’évaluer son caractère actif ou inactif. Dans la plupart des cas, les fissures restent actives du fait de leur caractère traversant et de la dilatation des différents tronçons formés par la fissuration, s’ouvrant et se fermant en fonction de la température de la paroi. Des épingles constituées de barres en acier peuvent être utilisées pour « coudre » les fissures. Un film de résine acrylique peut être appliqué. Une autre solution peut être la pose d’un bardage ou une isolation des murs par l’extérieur.

Si vous avez un doute sur l’évolution d’une fissure sur votre bâtiment, faites appel à un expert (bureau d’études structure, expert d’assurance, architecte) qui déterminera sa dangerosité et vous indiquera les solutions adaptées.

📖 Philipparie P., Thomas J.-L. (2023) – La pathologie des façades, CSTB Éditions/AQC, 132 p.

📖 Béchade A.-F. (2021) – La pathologie des fondations superficielles, CSTB Éditions/AQC, 532 p.