Faut-il isoler (même un peu) une zone contrainte en épaisseur ?



C’est une question assez fréquente en rénovation : est-il pertinent d’isoler seulement un peu une zone contrainte en épaisseur (les tableaux de menuiseries, derrière des tuyaux) qui constituera un pont thermique dans une isolation se voulant performante ? Vaut-il mieux ne rien faire ?
Pour commencer, qu’est-ce qu’un pont thermique ? Un pont thermique est une faiblesse dans l’isolation d’un bâtiment, une zone où la résistance thermique est affaiblie, provoquant des déperditions de chaleur l’hiver et des surchauffes l’été. Il existe plusieurs catégories de ponts thermiques : de liaison (linéaires comme une liaison mur/dalle ou ponctuels comme un poteau), structurels (rails, vis) ou parasites (passage de réseaux, tassement de l’isolant), le plus parlant à mon sens étant le « pont thermique français » décrit par Oliva & Courgey 2010 (figure 1).
Il existe de nombreuses grandeurs physiques liées au flux de chaleur qui mériteraient d’être développées, mais je vais m’arrêter ici sur la bien connue résistance thermique R et son inverse moins connu du grand public le coefficient de transmission surfacique U.
La résistance thermique R, exprimée en m².K/W, correspond à la résistance que rencontre le flux de chaleur traversant une paroi. Sa formule est épaisseur e/coefficient de conductivité thermique ʎ. Plus l’épaisseur d’un matériau est grande, plus le flux de chaleur qui le traverse rencontre de résistance. On retrouve le R et le ʎ sur les fiches techniques des isolants : plus le R d’un matériau est grand, plus ce matériau sera isolant, comme l’illustre la figure 2 qui représente la résistance thermique d’un isolant dont le ʎ = 0,036 W/m.K.
Le coefficient de transmission surfacique U, exprimé en W/m².K, correspond à la conductance de la paroi. En d’autres termes, U représente l’intensité du flux de chaleur qui traverse 1 m² de paroi pour une différence de température de 1°K entre les deux ambiances qui séparent cette paroi. Sa formule est 1/R (l’inverse de la résistance thermique). Et c’est là que l’on se rend compte que les premiers centimètres d’isolant sont les plus efficaces (figure 3). Dans cet exemple, j’ai simulé un mur en pierre calcaire de 40 cm d’épaisseur, pour lequel R ≈ 0,2 m².K/W et U ≈ 6 W/m².K. Dès que j’ajoute 1 cm d’isolant ʎ = 0,036 W/m.K., U tombe à ≈ 2,25 W/m².K !
En conclusion, même si vous ne pouvez mettre que 3 cm sur vos tableaux de fenêtres, mettez-les ! Il est également possible d’utiliser un isolant au ʎ plus faible qui permettra de limiter l’épaisseur et les ponts thermiques. Cela ne veut pas dire qu’il faut se contenter de 3 cm partout : plus l’on montera en épaisseur d’isolant, plus le flux thermique sera diminué (sous réserve d’une mise en œuvre bien réalisée, mais c’est une autre histoire).
📖 Oliva J.-P., Courgey S. (2010, 2023) – L’isolation thermique écologique, Éditions Terre Vivante, 256 p.
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